Entre maisons, appartements et diversité urbaine : cartographie actuelle des typologies de logements en France

19/07/2025

Typologies de logements : quelles sont-elles et comment les définit-on ?

Avant d’entrer dans la répartition, un rappel des grandes catégories utilisées par l’Insee et les acteurs du logement s’impose :

  • Maisons individuelles : logements totalement indépendants, souvent entourés de terrain, représentant la figure classique du “pavillon”.
  • Appartements : logements situés dans un immeuble, partagés avec d’autres résidents (copropriété ou logement social collectif).
  • Habitat intermédiaire : typologie minoritaire, entre maison et appartement, souvent en bande ou superposée, typique de certains programmes récents.
  • Logements atypiques: peuvent inclure les logements mobiles, chambres en foyer, hébergements collectifs (étudiants, EHPAD).

Si la France reste un pays de maisons individuelles (plus de 55% du parc en 2021 selon l’Insee), cette part varie fortement selon les territoires.

Villes, banlieues, ruralités : carte à plusieurs vitesses des typologies

La maison individuelle, symbole des espaces périurbains et ruraux

L’attachement français à la maison individuelle s’exprime avec une force inégale sur le territoire. Hors des grands centres urbains, elle domine largement :

  • Dans les communes rurales, la maison individuelle représente près de 85% des résidences principales (Insee, Recensement 2021).
  • En couronne périurbaine des métropoles (par exemple autour de Toulouse ou Rennes), la part des maisons oscille entre 60% et 80%.

Cette prépondérance est héritée autant de l’histoire (“maison pavillonnaire” populaire depuis l’après-guerre) que des politiques d’aménagement favorisant l’accession à la propriété. Elle s’accompagne cependant de particularités :

  • Des habitations souvent plus grandes : superficie moyenne de 112 m en maison contre 66 m en appartement (Insee 2022).
  • Un taux d'ancienneté plus élevé : près de 60% des maisons rurales datent d’avant 1975.
  • Une part croissante de logements vacants dans certains territoires en déprise démographique (Massif Central, nord de la Creuse... voir Fondation Abbé Pierre 2023).

Métropoles et centres-villes : le règne de l’appartement

Dans les grandes métropoles (Paris, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Toulouse), l’appartement domine massivement :

  • Paris intra-muros : 98% d’appartements !
  • Lyon : 88%, Bordeaux : 87% (Insee, 2021).
  • Dans l'ensemble des unités urbaines de plus de 100 000 habitants, la part d’appartements dépasse 75%.

Ce modèle s’explique par :

  • La rareté et le coût élevé du foncier.
  • Un parc bâti marqué par les constructions en hauteur (Haussmannien à Paris, barres et tours en banlieues, résidences des années 1970 à 2000 en périphérie).
  • Un dynamisme démographique (accueil d’étudiants, de jeunes actifs, nouveaux ménages urbains post-Covid).

On observe néanmoins un retour d’intérêt pour l’habitat intermédiaire dans les villes moyennes/bourgs périurbains, notamment via des dispositifs de densification douce et de “maisonnette urbaine”.

Typologies et territoires : un clivage Est-Ouest et Nord-Sud

La répartition des maisons et appartements recoupe, au-delà du rural-urbain, des fractures géographiques nettes :

  • Façade Atlantique, Sud-Ouest et Ouest : prédominance de la maison individuelle (Pays-de-la-Loire, Bretagne, Nouvelle-Aquitaine au-dessus de 67%).
  • Nord, Île-de-France et Sud-Est : poids plus fort du collectif. Île-de-France : seulement 28% de maisons individuelles !
  • Montagne et certains territoires méditerranéens : plus de résidences secondaires et logement saisonnier type appartement, notamment dans les Alpes (Insee).

Certaines villes, comme Dijon ou Limoges, offrent une vraie diversité, mais la recomposition s’opère surtout dans les anciens bassins industriels (Nord, Lorraine), où le parc de maisons mitoyennes, construit pour les ouvriers, reste l’habitat dominant… vieillissant et énergivore.

Dynamiques récentes (2020-2024) : Covid, transformations, rééquilibrages

Depuis 2020, plusieurs tendances ont amplifié ou modifié ces équilibres :

  1. Effet “exode urbain” post-Covid : relance de la demande de logement individuel dans les zones rurales, villes moyennes, ou périphéries douces (Nantes-sud, Angers, Béziers).
  2. Recentrage des politiques publiques : après 2021, durcissement des règles de construction sur le “zéro artificialisation nette” (ZAN), impactant la production de maisons individuelles (nombre de permis de construire en “solde négatif” sur 2023 – source : Fédération Française du Bâtiment).
  3. Mutation de l’appartement collectif : explosion des petites surfaces (studios, T2) dans les centres-villes universitaires et touristiques — contre une crise du logement familial en collectif dans les agglomérations à croissance rapide (Montpellier, Nantes).
  4. Transition énergétique : rénovation thermique massivement orientée vers l’ancien, qui concerne surtout le parc des maisons individuelles rurales et urbaines vieillissantes. Les logements classés F ou G sont surreprésentés hors des grandes métropoles (33% des maisons individuelles classées “passoires thermiques” en 2022 selon Ademe-Insee).

Diversité intra-urbaine et recompositions : zoom sur quelques cas emblématiques

Cas parisien : hyper-appartement, quasi-disparition de la maison

  • À Paris intramuros, près de 900 immeubles de maisons individuelles subsistent — traces ténues d’un passé presque effacé par la densification haussmannienne. Les rares maisons sont recherchées, hors de prix, et souvent divisées en plusieurs lots.
  • Dans la petite couronne, la répartition est déjà plus nuancée : à Montreuil, 32% de maisons individuelles, à Boulogne-Billancourt 17%.

Territoires ruraux : la question du vieillissement et du “mal-logement invisible”

  • Dans le Berry, en Haute-Marne, dans la Creuse, des villages où plus du tiers des maisons est vacant — signe d’un recul démographique mais aussi d’offre peu adaptée à la demande actuelle (taille trop grande, isolation médiocre).
  • L’obsolescence de la typologie “longère” ou “maison de bourg” soulève un défi pour la réhabilitation et la revitalisation rurale (source : ANIL, Avis 2023).

Villes moyennes : la montée de l’hybride

Dans les villes de 15 000 à 100 000 habitants, la part de maisons oscille entre 35% et 60%. Mais l’essentiel de la production neuve va vers des appartements, sous forme de petits immeubles pour coller à l’évolution démographique (ménages composés d'une ou deux personnes). Exemple : à Laval, la part des appartements dans les permis de construire est passée de 29% en 2015 à 52% en 2023 (Source : Sitadel, Ministère de la Transition écologique).

Cohabitation et formes émergentes : vers une recomposition des typologies ?

Si la dichotomie maison/appartement demeure marquée, de nouveaux types d’habitat émergent :

  • Copropriétés horizontales : modèle d’habitat intermédiaire, plus dense que le lotissement pavillonnaire classique, mais gardant jardin/terrasse.
  • Colocations, résidences services, habitat participatif : solution souvent urbaine mais qui gagne les bourgs attractifs, adaptée à une jeunesse ou à des seniors désireux d’autonomie.
  • Transformation de bâtiments : divisions de maisons en appartements dans les centres ruraux et villes petites/moyennes, parfois encouragées pour lutter contre la vacance et adapter le parc à des ménages plus petits.

Cette recomposition, encore marginale à l’échelle nationale, pourrait s’amplifier sous la pression des prix et des enjeux de sobriété foncière, en particulier dans les territoires à fort dynamisme ou dans les “déserts” ruraux en reconversion.

Quelques chiffres-clés pour mesurer la répartition en 2024

Type de territoire % maisons individuelles % appartements Superficie moyenne (m²)
Paris intra-muros ~2% 98% 58
Villes de +100 000 hab. 25% 75% 65
Villes moyennes (15k-100k) 45% 55% 78
Périurbain / rural 82% 18% 110

Source : Insee, Sitadel 2023, ANIL.

Perspectives : quels enjeux pour demain ?

La carte des typologies de logements en France résulte d’un héritage, de choix d’aménagement passés, et de mutations en cours, accélérées depuis la pandémie. Les contrastes entre villes-centres, périurbain et rural restent nets, avec une forte résistance de la maison dans la culture de l’habitat hexagonal. Cependant, la pression sur le foncier, la rénovation énergétique, la transition écologique et de nouvelles formes de demande pourraient conduire à davantage de diversité dans toutes les strates territoriales.

Des inconnues demeurent : comment gérer la vacance massive dans certaines zones tout en produisant dense et sobre là où la demande explose ? Où trouver le point d’équilibre entre choix résidentiel individuel et objectifs collectifs de sobriété foncière ? Les dynamiques des prochaines années seront décisives pour la recomposition du parc et pour une géographie plus équilibrée de l’habitat en France.

Sources : Insee, Fondation Abbé Pierre, FFB, ANIL, Ademe, Ministère de la Transition Écologique, Sitadel, France Stratégie.

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