Radiographie sociale et territoriale croisée : impact depuis 2020
Des écarts grandissants entre accédants et exclus
L’essor simultané de ces deux segments « atypiques » du parc (résidences secondaires et meublés) n’est pas sans effets sur la structure globale du marché du logement :
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Effet de rareté : Dans de nombreux secteurs (Bassin d’Arcachon, pays du Mont-Blanc, littoral breton), la part de résidences secondaires approche ou dépasse 50 % du parc immobilier, raréfiant l’offre pour les habitants permanents ;
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Tensions locatives : L’attractivité de la location meublée touristique limite l’offre de locations classiques, notamment dans les quartiers centraux ou proches des grands pôles économiques et universitaires. Ce phénomène s’est accentué dès 2021, parallèlement à la reprise post-Covid. (Source : DGALN, étude 2023)
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Coup d’arrêt aux primo-accédants : Dans les zones désirées par les acquéreurs de résidences secondaires (côte atlantique, Sud-Ouest, haute montagne), la flambée des prix a écarté une part croissante de ménages modestes et intermédiaires du marché.
On observe également une tension spécifique dans les villes moyennes : la montée des meublés pour étudiants ou digital nomads peut être une opportunité – mais aussi générer des pénuries pour les familles ou les jeunes couples, notamment dans les quartiers les plus attractifs.
La crise énergétique, un révélateur d’inégalités nouvelles
Depuis 2022, l’exigence de rénovation énergétique a commencé à impacter fortement les choix de certains ménages. Une part croissante des résidences secondaires reste énergétiquement “passoire” (Etiquettes F et G : plus de 20 % du stock selon le SDES en 2023), ce qui contraint certains ménages moins fortunés à vendre ou à retarder des projets. À l’opposé, l’investissement locatif meublé tend à favoriser des logements plus récents et rénovés, mieux adaptés aux exigences de la nouvelle réglementation.
L’accélération réglementaire (interdiction de location des passoires thermiques depuis 2023) accentue une différenciation : les propriétaires disposant du capital nécessaire pour rénover ou investir dans le neuf renforcent leur position. Cela symbolise, une fois de plus, la dimension cumulative des inégalités dans l’accès à ces segments du logement.