Les meublés de tourisme en France : quel poids réel dans le parc de logements ?

09/02/2026

Un phénomène ancien transformé par le numérique

Le marché des meublés de tourisme en France connaît depuis la fin des années 2010 une croissance fulgurante, propulsée par la médiatisation des plateformes numériques telles qu’Airbnb, Abritel ou Booking.com. Ce qui relevait autrefois des locations saisonnières informelles, notamment dans les stations balnéaires ou les villes thermales, irrigue désormais le cœur même des grandes métropoles, des villes moyennes et – plus récemment – certains espaces ruraux.

L’essor de ce phénomène interroge de manière inédite la structure du parc de logements français et bouscule les équilibres locaux : raréfaction de l’offre locative classique, tensions sur les prix du logement, recomposition des modes d’habiter des centres-villes, et parfois, modification du tissu social. Pour comprendre l’ampleur du mouvement, il est indispensable de partir de données précises, loin des discours alarmistes ou des minimisations opportunistes.

Combien de meublés de tourisme en France en 2024 ? Les chiffres clés

La quantification précise du nombre de meublés de tourisme en France reste complexe, car elle dépend à la fois :

  • Du périmètre retenu (meublés déclarés ou non-déclarés, locations occasionnelles ou professionnelles),
  • De la source consultée (plateformes, Insee, administration fiscale, collectivités locales).

Selon l’Insee, la France comptait, au 1er janvier 2023, environ 37,2 millions de logements (source : Insee, 2023). Mais quelle part de ce parc est consacrée aux meublés de tourisme ?

  • Le nombre total d’annonces actives sur Airbnb en France serait de l’ordre de 700 000 à 800 000 en 2023 (données Inside Airbnb, AirDNA), toutes offres confondues (chambres privées, logements entiers, etc.).
  • Le ministère de la Transition écologique estimait, fin 2022, à 800 000 le nombre de meublés de tourisme (toutes plateformes et circuits confondus), dont une fraction seulement déclarée en mairie.

Au regard du parc total, cela représente donc une part oscillant autour de 2,1 % de l’ensemble des logements en France, avec de très fortes disparités territoriales et des statuts variés (résidence principale louée ponctuellement, résidence secondaire dédiée, locaux transformés).

Géographie des meublés de tourisme : disparités frappantes

La présence et le poids des meublés de tourisme varient radicalement selon les territoires :

  • Dans certains arrondissements parisiens (notamment le 4ᵉ, le 6ᵉ et le 18ᵉ), plus de 10 à 15 % des logements peuvent être proposés à la location touristique de courte durée (données Mairie de Paris 2023).
  • À Nice, on dénombre près de 13 000 annonces actives pour un parc de 220 000 logements (source : Observatoire du logement de la Métropole Nice Côte d’Azur, 2023).
  • À La Rochelle, la part des meublés de tourisme approche désormais 10 % du parc locatif de certaines zones hypercentre (données Ville de La Rochelle, 2023).
  • Dans certaines stations de montagne ou balnéaires (Lège-Cap-Ferret, Chamonix, Saint-Tropez…), ce taux peut dépasser 20 %, voire 25 % du parc local, entraînant une forte saisonnalisation des logements.

A contrario, dans de très nombreux territoires ruraux ou dans la majorité des zones périurbaines, la part des meublés de tourisme reste très marginale, inférieure à 1 % du parc.

Évolution et dynamiques récentes depuis 2020

La pandémie de Covid-19 a provoqué une parenthèse dans la croissance des meublés de tourisme, avec une chute brutale de la demande internationale en 2020 et une réorientation ponctuelle vers la location longue durée. Néanmoins, depuis la reprise de 2021-2022, la dynamique de croissance a repris, portée par :

  • Le rebond du tourisme domestique,
  • La recherche accrue de flexibilité et le télétravail,
  • La valorisation locative supérieure des meublés sur le marché court terme (jusqu’à 2 à 3 fois une location classique par an selon les territoires – source : JLL, 2023).

Depuis 2021, les grandes villes touristiques mais aussi nombre de petites et moyennes villes patrimoniales (Annecy, Sarlat, Honfleur…) voient la pression des locations de type Airbnb revenir, voire dépasser les niveaux pré-Covid.

Il faut souligner que le stock de meublés de tourisme “actifs” n’est jamais totalement constant, une part importante des logements faisant l’objet de mises en location ponctuelles, lors d’événements ou de pics saisonniers, ce qui complexifie la mesure exacte de leur poids annuel réel.

Le statut complexe des meublés de tourisme

La diversité du parc de meublés de tourisme doit être soulignée, avec plusieurs catégories principales :

  • La résidence principale louée ponctuellement (maximum légal de 120 jours par an en France),
  • La résidence secondaire dédiée à la location touristique (parfois scindée en SCI, location professionnelle),
  • Les immeubles entiers, transformés en “appart-hôtels” ou activités para-hôtelières masquées,
  • Les chambres chez l’habitant.

Cette distinction n’est pas neutre : plus de 60 % des annonces sur Airbnb en France concernent la location d’un logement entier. Les offres strictement “chez l’habitant” ne représentent qu’à peine 15 % aujourd’hui – une répartition très différente de celle observée au lancement de la plateforme (source : Inside Airbnb, 2023).

Impacts urbains et sociétaux : au-delà des chiffres

  • Tensions sur le marché locatif : Les meublés de tourisme réduisent l’offre disponible pour la location à l’année là où la pression foncière est forte, particulièrement dans les centres touristiques majeurs.
  • Hausse des loyers et des prix immobiliers : Plusieurs études (Notaires de France, 2023 ; Paris et Côte d’Azur) mettent en évidence une survalorisation des biens offrant un potentiel Airbnb, jusqu’à 10 % de plus-value dans certains quartiers “tendus”.
  • Transformation du tissu social : La “dépopulation” progressive des centres-villes résidentiels au profit d’une clientèle de passage modifie les commerces de proximité, l’équilibre scolaire et la vie de quartier.
  • Sujets d’acceptabilité sociale : Bruit, incivilités et sentiment de “touristification” peuvent cristalliser des oppositions locales, comme en témoignent les réglementations de plus en plus restrictives adoptées à Paris, Lyon, Nice ou Biarritz.
  • Saisonnalité et double-vacance : Dans les communes très touristiques, la multiplication de logements utilisés moins de 20 semaines par an accentue les difficultés de recrutement local (saisonniers, infirmiers, professeurs).

Réglementation croissante et réponses locales

Face à l’essor des meublés de tourisme et à ses effets sur le marché du logement, plusieurs grandes villes ont mis en place dès 2017-2018 des mesures restrictives ou d’encadrement :

  • Obligation d’enregistrement de tout meublé de tourisme auprès de la mairie (décret n° 2017-678 du 28 avril 2017),
  • Limitation à 120 jours/an pour la location de la résidence principale,
  • Procédure de changement d’usage obligatoire, avec compensation, pour transformer un local d’habitation en meublé touristique dans les grandes villes (>200 000 habitants),
  • Sanctions (amendes importantes) en cas de non-déclaration ou de dépassement des seuils,
  • Dispositifs “anti-Airbnb” : quotas par quartier, interdiction dans certaines zones (Vieux-Lyon, Marais à Paris), interdiction de louer certains types de logements sociaux ou étudiants.

En complément, l’État a transmis au Parlement en 2023 un projet de loi visant à renforcer les armes à disposition des maires d’ici les jeux Olympiques 2024, sur fond de pénurie de logements abordables à Paris (source : Assemblée Nationale, 2023). Plusieurs villes pionnières mettent en place des observatoires dédiés pour surveiller l’évolution du parc.

Avenir incertain : vers une recomposition du modèle ?

La montée continue des meublés de tourisme dans le parc de logements français pose la question du modèle urbain et touristique soutenable pour les années à venir. Si la part nationale, autour de 2 %, reste mesurée à l’échelle du pays, la concentration extrême dans certains territoires questionne l’équilibre entre activité touristique, économie résidentielle et droits des habitants à se loger décemment.

La diversification de l’offre observée depuis 2020 (fusion de meublés et d’appart-hôtels, hybridations avec le logement étudiant ou “mobilité professionnelle”) confirme que le phénomène, partie intégrante des dynamiques de logement contemporaines, continuera d’évoluer. Reste à savoir jusqu’où la régulation pourra – ou voudra – accompagner ces mutations pour préserver la cohésion sociale et urbaine.

Références

  • Insee, “Le parc de logements en 2023”, Statistiques France.
  • Ministère de la Transition Écologique, “Situation des meublés de tourisme au 1er janvier 2023”.
  • Inside Airbnb, “France : Données globales 2023”.
  • Observatoire du Logement Métropole Nice Côte d’Azur, 2023.
  • Mairie de Paris, “Observatoire Airbnb”, données 2023.
  • Assemblée Nationale, “Examen du projet de loi sur les meublés de tourisme”, 2023.
  • JLL, “Le marché du meublé touristique”, Étude 2023.
  • Notaires de France, “Prix immobiliers et locations saisonnières”, 2023.

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