Mobilité résidentielle et recomposition du parc de logements en France : Quelles dynamiques de 2020 à 2025 ?

24/02/2026

Évolution de la mobilité résidentielle en France depuis 2020

Depuis le début des années 2020, la mobilité résidentielle (soit le fait de changer de logement) en France a connu une recomposition profonde, directement influencée par des facteurs économiques, sociaux et sanitaires. L’Insee note, par exemple, qu’entre 2020 et 2023, la part des ménages ayant changé de logement au cours des cinq dernières années a stagné autour de 10%, soit environ 7 millions de ménages, mais avec des variations marquées selon les territoires et le type de logement (Insee 2023).

La pandémie de Covid-19 a profondément bousculé les attentes vis-à-vis du logement, modifiant les critères de choix (espace, accès à un extérieur, localisation) et accentuant la demande pour certains types de biens. L’essor du télétravail a notamment redistribué les cartes en matière de mobilité, contribuant à un regain d’attractivité pour des zones périurbaines et rurales autrefois délaissées, entraînant des effets notables sur la composition du parc résidentiel.

Comprendre les types de logements : une diversité sous pression

Le parc résidentiel français en 2023 compte près de 37 millions de logements, composés à 82 % de résidences principales, 9 % de résidences secondaires et 9 % de logements vacants (source Insee). Cette répartition globale masque toutefois des réalités locales contrastées et fortement impactées par les effervescences de la mobilité résidentielle récente :

  • Maisons individuelles : 56 % des résidences principales, particulièrement recherchées en périphérie urbaine et zones rurales.
  • Appartements collectifs : 44 % du parc, largement majoritaires dans les métropoles et centres urbains.
  • Logements sociaux : Environ 17 % du parc, inégalement répartis et fortement sollicités lors des mouvements résidentiels contraints (séparation, mutations, précarisation économique).

La mobilité résidentielle joue un rôle structurant sur cette répartition, tant dans le “stock” existant que dans la dynamique de production et de transformation des logements.

Mobilité résidentielle : moteur de redistribution géographique et typologique

L’impact de la mobilité résidentielle se lit d’abord à l’échelle spatiale. Selon l’Observatoire national de la mobilité résidentielle, chaque année entre 2,4 et 2,8 millions de ménages déménagent. Ce phénomène n’est pas uniforme, et traduit une recomposition régionale du parc :

  • Déplacements intra-métropolitains : Phénomène classique, notamment chez les jeunes actifs et familles, visant à optimiser le confort, la superficie ou la proximité des services. Cela alimente la polarisation des centres urbains autour du logement collectif.
  • Exode périurbain ou rural : Accentué depuis 2020, ce mouvement concerne souvent la recherche de maisons individuelles, créant une tension nouvelle sur le parc rural (baisse de la vacance, hausse des prix, pression sur les constructions neuves).
  • Retour vers les grandes agglomérations : À l’inverse, certains publics spécifiques (étudiants, jeunes actifs, ménages aisés) cherchent à se relocaliser dans les villes, stimulant la demande de petits logements en centre-ville.

Cette redistribution géographique induite par la mobilité résidentielle a un effet direct sur la typologie des logements occupés et disponibles. Ainsi, selon la FNAIM, en 2023 dans les départements du littoral atlantique et sud, la part des résidences principales est passée de 80 % à 76 % en seulement trois ans, du fait d’un déplacement vers les résidences secondaires, elles-mêmes motivées par une mobilité récente post-Covid (source FNAIM, 2023).

Effets sur la vacance et la tension locative

La mobilité résidentielle influe directement sur le taux de vacance : lorsqu’un territoire devient soudain attractif, le stock de logements vacants diminue, parfois jusqu’à des seuils critiques. À l’inverse, certaines métropoles en mutation voient la vacance (structures anciennes, inadaptées) augmenter. Ainsi, selon l’Insee, Paris comptait fin 2022 près de 260 000 logements vacants, soit 16 % du parc, contre une moyenne nationale de 9 %.

Ces évolutions se traduisent par une tension locative accrue dans certains secteurs, notamment les zones littorales ou les petites villes attractives où l’arrivée de nouveaux ménages issus de grands bassins urbains vient concurrencer les habitants locaux, accentuant la pression sur le marché locatif privé et social. Le phénomène Airbnb aggrave cette répartition en transformant nombre de logements “classiques” en meublés touristiques permanents, réduisant la part disponible pour les résidents de longue durée.

Analyse des profils de ménages et leurs choix de logement

Les mobilités ne sont pas guidées par les mêmes logiques selon l’âge, la composition du ménage, le statut socio-économique ou encore la qualité de l’emploi. Sur la période récente :

  • Jeunes actifs : Davantage mobiles, ils constituent 30 % des déménagements, privilégiant souvent le logement collectif en centre urbain, mais de plus en plus attirés par des villes moyennes où l’accès à la propriété individuelle est plus accessible (cf. Observatoire des mobilités résidentielles, 2023).
  • Familles avec enfants : Leur mobilité vise la recherche d’espace (maison avec jardin), amplifiant la périurbanisation.
  • Ménages précaires : Contraints, souvent, à des mobilités subies (expulsions, séparation, perte d’emploi), accentuent les pressions sur le parc locatif social, déjà saturé dans les grandes agglomérations.
  • Seniors : Peu mobiles mais de plus en plus tentés par le “downsizing”, la réduction de la taille du logement à l’arrivée de la retraite ou la vente de grandes demeures désormais inadaptées à leurs besoins, ce qui libère des maisons pour des familles tout en augmentant la demande d’appartements adaptés (logements intermédiaires, résidences services seniors).

Il en résulte une dynamique de circulation des logements entre groupes sociaux, mais sans forcément qu’il y ait une adéquation entre l’offre et la nouvelle demande, d’où des situations de “pénurie relative” dans certains segments du parc.

Transition énergétique et adaptabilité du parc face aux mobilités résidentielles

La mobilité résidentielle interroge aussi la capacité du parc à répondre aux nouveaux enjeux environnementaux. Le DPE (Diagnostic de Performance Énergétique) aggrave la tension sur certains types de logements : nombre de logements de classe F ou G deviennent inéligibles à la location, ce qui soustrait environ 500 000 biens au marché locatif privé d’ici fin 2024 (source Ministère de la Transition écologique).

Ce phénomène contraint la mobilité des ménages modestes, dont le budget ne permet pas une accession rapide aux logements récents – ce qui accroît la demande de logements sociaux ou d’intermédiaires, mal répartis à l’échelle nationale.

En outre, les mobilités résidentielles post-crise sanitaire ont accru la demande pour des logements intégrant la performance énergétique, générant une double dynamique : d’un côté, l’accélération de la rénovation d’appartements dépréciés dans les centres anciens ; de l’autre, la pression croissante sur les villes moyennes et campagnes, où le parc ancien, souvent peu performant, se trouve sous tension pour répondre à cette nouvelle demande.

Données territoriales : contrastes et recompositions

Les mouvements résidentiels amplifient les disparités entre territoires. Quelques tendances particulièrement notables sur la période récente :

  • Bassins d’emploi périphériques : hausse de la demande sur le segment maisons, baisse de la vacance locative, envolée des prix (+11% en deux ans dans certains secteurs, source Notaires de France, juillet 2023).
  • Grandes métropoles : regain d’intérêt depuis fin 2022 chez les jeunes, mais refus croissant du logement insalubre ou énergivore (9 % des logements parisiens qualifiés de “passoires thermiques”).
  • Littoral atlantique, Sud et Montagne : transformation accélérée du parc en résidences secondaires, au détriment de l’accessibilité pour les actifs locaux, en particulier pour la location longue durée.

La mobilité résidentielle, loin d’homogénéiser le parc, renforce donc une segmentation spatiale et fonctionnelle qui pose de nouveaux défis à la politique du logement.

Perspectives : enjeux et ajustements de la répartition résidentielle d’ici 2025

À l’horizon 2025, la mobilité résidentielle va continuer de façonner la répartition entre les types de logements, sous la double pression de la transition écologique et de l’accroissement des inégalités territoriales. Plusieurs enjeux-clés se dégagent :

  • Accès aux logements adaptés : L’offre d’appartements accessibles et rénovés reste très en deçà de la demande, en particulier pour des publics précaires et les jeunes ménages.
  • Sur-offre de résidences secondaires : Dans des territoires “à la mode”, la multiplication d’achats de résidences secondaires tend à raréfier fortement le parc de résidences principales, modifiant l’équilibre local et conduisant, à terme, à la stagnation voire à la baisse démographique (cf. INSEE Focus, 2022).
  • Inadaptation du parc ancien : Sauf politiques publiques volontaristes, le risque d’un “gel” des mobilités dans le logement social et ancien demeure élevé, du fait de la non-rénovation et du coût croissant des mutations.

Face à ces dynamiques, la mobilité résidentielle reste un puissant révélateur des tensions, mais aussi des potentialités d’une recomposition du parc, à condition de repenser l’équilibre entre production neuve, usages réversibles (passer du locatif au meublé ou à la location de courte durée, par exemple) et accompagnement social de la mobilité.

Le prochain cycle statistique sera décisif pour mesurer les effets cumulatifs de ces mouvements et pour ajuster les politiques publiques, tant sur les volets urbanistiques qu’économiques et sociaux.

En savoir plus à ce sujet :